LA  LEGION ETRANGÈRE DE 1831 À NOS JOURS ...

LA BATAILLE DE PHU-TONG-HOA

2ÈME COMPAGNIE DU 1ER BATAILLON

DU  3ÈME REGIMENT ETRANGER D'INFANTERIE

Le 25 juillet 1948, la 2e compagnie du 1er bataillon du 3ème Régiment Etranger d'Infanterie

(2/1/3 REI) composée de 3 officiers, de sous officiers, 104 légionnaires et supplétifs, au total,  l'effectif comptera 134 hommes.Parmi les officiers, le capitaine Cardinal, le lieutenant Charlotton et le sous-lieutenant Bévalot.  Face à eux, une horde, plus de 3 000  Vietminhs lanceront des attaques ce dimanche 25 juillet. Les Français résisteront malgré la perte de leurs deux officiers . La mort a frappé aussi chez les légionnaires et les supplétifs.

La colonne de secours commandée par le colonel Simon arrivera trois jours plus tard, celle-ci ayant du aussi éliminer les obstacles ennemis avant de poursuivre leur avancée. En présence du colonel, le sous-lieutenant Bévalot fait présenter les armes. Les hommes sont debout, au garde-à vous, tandis que le sous-lieutenant Bévalot, fait présenter les armes. La 2ème compagnie du 3ème REI (2/3REI) déplorera 35 blessés dont deux officiers ! Le capitaine Cardinal et lieutenant Charlotton,  21 légionnaires et 1 artilleur tués. Les postes de la RC3 bis seront finalement abandonnés en octobre 1948.

le récit

Situé, à une centaine de kilomètres au sud de Cao bang, un petit village au pied d'un monticule, en surplomb, un poste d'avant garde français, construit sommairement avec les moyens du terrain, madriers et terre battue. A chaque angle, un bastion, tout autour en protection, un champ soigneusement miné, des barbelés et des bambous finement aiguisés, avec un tel bouclier, l'ennemi n'est pas prêt de passer ! Et pourtant si ! Rien n'arrête une armée de Viets dont le seul et unique but reste la victoire! Au risque d'y perdre la vie, ces combattants ont la hargne, ils ont aussi la foi, celle que leur a inculqué, l'oncle HO, à force de boniments, de tracts, et autres médiatisations.


Les occupants, la 2e Compagnie du 3e Etranger, soit au total 104 hommes, et sous officiers, 3 Officiers, le Capitaine Cardinal, le Lieutenant Charlotton, et le Sous-Lieutenant Bevalot. Le Sergent Guillemaud, est responsable du magasin de vivres et des munitions...


Les légionnaires occupant la garnison, ne mettent pas en doute la supériorité en nombre de l'armée Vietminh ; en effet, les premiers jours de juin, la découverte de 700 tranchées, et de trous en damier avaient été creusés en une nuit, un calcul très rapide suffît alors pour s'apercevoir que ce travail laborieux, était celui d'un minimum de 3000 hommes.


Le Capitaine Cardinal, sentant une attaque imminente, va alors faire envoyer un message radio à Cao Bang et Bac-Kan, demandant des renforts et des munitions, et surtout des grenades. A la grande surprise du Capitaine et du Lieutenant Charlotton, les réponses ne sont que ricanements.
Bien sûr, on ne croit pas un seul mot de l'attaque des viets, ils n'oseront jamais attaquer la garnison de peur de sauter sur les mines ou de se faire étriper dans les barbelés, ou les bambous hérissés et acérés, tels des lames, sortant de terre, sans compter que le service d'accueil les recevrait comme il se doit. Non ! Pour les autres postes, cela ne peut être qu'un canular ! Une farce de plus, dont les légionnaires ont le secret. Puisque personne ne le croit, il ment et dit que sa réserve de grenades est épuisée. Cette fois, vu l'insistance du Capitaine, il est cru mais cependant, une enquête devra être ouverte. A ce sujet, un soupçon se porte sur les façons, peu orthodoxes de pratiquer la pêche.


Les derniers jours de juin, les Tonkinois ne tiennent plus en place, les allers et venues n'en finissent pas, on entre, on sort, et ce manège incessant en quête d'isolement, est courant depuis quelques mois. Tout cela met la puce à l'oreille des légionnaires, qui ne sont pas dupes, les taupes de tout temps ont toujours existé, pourquoi pas ici à Phu-Tong-Hoa ?

 

C'est pour bientôt pensent-ils. Se méfiant de l'ennemi, le Lieutenant Charlotton va dès lors, imaginer un plan qu'il fera exécuter sur le champ. Rencontrant son armurier, le sergent Guillemaud, il lui demandera de lui fournir 4 bons hommes de confiance, pour un travail de nuit. Des hommes de confiance, la Légion n'a que cela, et la réponse du sergent...lui offrant toute la compagnie, ce qui va de soi pour un légionnaire. Le plan est astucieux. Déménager la soute à munitions, qui se trouve trop près du mur d'enceinte et la reloger dans la cave des réfectoires... Personne de la garnison, à part les intéressés, ne doit savoir où se trouveront les munitions. Les adjoints du sergent Bishoff, Juhasz, les Caporaux Polain et Hueghel, et le sergent Guillemaud lui même, se mettent au travail dans le plus grand silence.

 

18 juillet, une section est annoncée en renfort, la colonne a traversé les 19 kilomètres séparant Bac-Kan de Phu-Tong-Hoa, sans aucun problème de la part des belligérants. Aucun vétéran des guerres, juste 8 bleus, débarquant de Sidi-bel-Abbès, sous le commandement d'un jeune sous-lieutenant, âgé de 23 ans et sortant de Saint-Cyr-Coetquidan. Le sous-lieutenant Bévalot, toujours souriant, gai et enthousiaste, est accueilli avec autant de sympathie qu'il en dégage, par ses nouveaux supérieurs. L'inexpérience n'est plus un problème lorsque l'on a faculté d'assimiler, le sous-lieutenant Bévalot est adopté.

Capitaine Cardinal

Sous-lieutenant Bévalot

Lieutenant Charlotton

Dimanche 25 juillet, alors que Guillemaud, Polain, et le Sergent-Chef Delamare, sont en pleine discussion, au réfectoire, où ils se restaurent, après s'être changés, trempés comme des souches, il est vrai que la pluie dans cette région, s'en donne à cœur joie quand elle déferle. Nos légionnaires décident de se bourrer une bonne pipe et se retrouvent dans l'ex-magasin d'armes... De quoi parlent les légionnaires quand ils sont à des milliers de kilomètres de leur pied à terre ?  "Ah !  les femmes, les virées, les putes de la rue de l'Aqueduc à Oran"...etc...Tout un bréviaire.

Il est 19h30, les trois légionnaires entendent un sifflement caractéristique à celui d'un envoi d'obus, ils se plaquent à terre, mains collées à la nuque... L'obus crève d'abord le toit qui laisse apparaître un gros trou béant, qui dans la foulée, s'en va se loger dans le magasin, là ou quelques jours auparavant, les munitions étaient rangées. La charge explose, recouvrant les hommes à terre, de gravats. Personne n'est touché, tous se relèvent et se dirigent en toute hâte vers la sortie. Au dehors, les légionnaires, se jettent à terre sous les bombardements incessants, des mortiers et des canons de 75.

15 mètres pour cela les sépare et il leur faut, coûte que coûte, passer au travers jusqu'aux blockhaus, là où se défendent les copains. Le Capitaine doit lancer un message radio. Il est 19h25, quand il court vers le central, lorsqu'un obus, vient s'éclater à quelques mètres de lui, les 3 hommes qui l'accompagnaient sont tués sur le coup. Des éclats atteignent à la fois les hanches et une jambe du Capitaine Cardinal qui s'écroule, mais tente, malgré tout, de se hisser et se traîner vers le central radio. Arrivé dans la chambre, il interpelle Jungermann qui, avec le légionnaire Shern, tentaient un contact radio avec Bac-Kan.

 

Le capitaine bien que sérieusement touché, lui demande d'aller chercher les lieutenants Charlotton et Bévalot, afin de leur transmettre ses ordres. Charlotton pénétrant dans la pièce, à la vue de son chef, affalé, baignant dans son sang, lui dit de se faire amener jusqu'à l'infirmerie du poste pour un plasma. Le capitaine Cardinal sachant son état s'aggraver, n'a que faire des conseils de son lieutenant et sur un ton sec, rejette la proposition de l'infirmerie, tandis que les sous-lieutenant  Bévalotle fait irruption dans la chambre. Le lieutenant Charlotton comprend qu'il ne sert à rien d'insister, que son capitaine est perdu et qu'il doit maintenant prendre le commandement et poursuivre les opérations. 

Shern, à son tour, pénètre dans la pièce, ôte son casque, rend compte à son capitaine et aux deux lieutenants, du refus concernant les renforts ajoutant que, tous les postes de Bac-Kan et Cao-Bang, subissent également les assauts des Viets. Pendant ce temps, Polain arrive au réfectoire, prévient le sergent Guillemaud que tous les légionnaires sont au courant du nouvel emplacement de la soute à munitions et qu'il peut préparer " les citrons". Guillemaud le questionnant sur le moral, Polain répondit: "Tout va merveilleusement bien, si tu veux mon avis, les Viets ne sont pas plus de 4 ou 5000. 3 ou 4 bataillons dont 1 ou 2 d'artillerie lourde.

 

Le Capitaine est mourant et il pleut ! A part ça, le moral est bon." Les deux légionnaires se connaissent et font depuis 10 ans le même bout de chemin, ce qui laisse indifférent le sergent Guillemaud, habitué des boutades de son compagnon d'armes. Cela dit, les deux camarades s'allument une "Mic". Polain après avoir tiré une longue bouffée, demande une caisse de grenades et lance à son ami, "je vais faire un tour". Armé de sa caisse de "citrons" sous le bras gauche, se préoccupant, plus, de ne pas mouiller sa cigarette, il s'avance lentement mais d'un pas décidé, alors qu'autour de lui, dans une grêle d'obus, les hommes tombent, tués ou blessés. Il est 20 h 15. Depuis déjà trois quarts d'heure, l'artillerie se fait entendre et les obus éclatent, quand, soudain, c'est le silence, un silence qui ne pressent rien de bon, et qui laisse présager un second assaut.

Pendant ce temps le géant belge, continue sa promenade, délesté de quelques "citrons" qu'il a envoyés en purée sur l'ennemi. Il arrive aux abords du magasin d'armes, lorsqu'il perçoit un bruit insolite, connaissant les lieux à fond, même dans l'obscurité, il se fraye un chemin jusqu'au mur face à la porte d'entrée... là, précisément où 4 couchettes superposées sont fixées. Grimpant sur l'échelle de bois, il atteint la 4ème couchette, à cet endroit, les légionnaires ont posé une bouche d'aération pour le boyau extérieur qui, long d'une vingtaine de mètres, constitue un couloir de 1m 20 de large. Polain se rend compte que les vitres ont éclatées, faisant place, à un large trou dans la paroi, il s'en approche, glisse un œil... et, pendant un court instant, reste pétrifié, telle une statue...

Il aperçoit, grouillant, dans un silence imperceptible, les Viets se faufilant le long du couloir, boyau construit par la Légion. Il jubile à la pensée de l'idée, qui, en une fraction de seconde, lui traverse l'esprit. Retournant vers Guillemaud, il reprend une caisse de grenades en disant qu'il est sur un coup, puis il empoigne son ceinturon, le serre d'un cran, et enfouit dans sa vareuse, des grenades jusqu'à la bourrer. D'un ton humoristique comme il en a l'habitude, il invite son compagnon à le suivre pour en "croquer". Guillemaud, armé de la caisse de grenades, ne comprend pas encore, mais, suit sans hésitation son ami. Arrivés sur les lieux, Polain demande à Guillemaud de s'installer sur la 3ème couchette. Chacun à son poste de tir, tous deux dégoupillent les grenades et les lancent dans le boyau. Les Viets qui s'y étaient introduits pensant créer l'effet de surprise, furent d'abord étonnés, et dans la seconde finissent éclatés, les corps projetés ou ce qu'il en restait contre les parois du mur d'enceinte et du réfectoire.  Les autres, se replièrent si cela leur était permis. Au milieu des détonations suivantes, se mêlaient à la fois les cris des Viets gesticulants, et le rire tonitruant de Polain, qui persiste au lancer de "citrons". Dans sa vareuse, plus aucune grenade, il les avaient toutes lancées, le moment était donc venu pour s'attaquer à cette lourde caisse précédemment emportée. Se tournant vers Guillemaud , "file-les moi et dégoupilles-les, ça ira plus vite". Le jeu devenait périlleux mais les deux légionnaires se connaissant parfaitement, aucun problème quand à la confiance à s'accorder une fois de plus mutuellement.

 

Les grenades filent de main en main, certaines encore, habillées de l'anneau de goupille, d'autres dégoupillées, un vrai numéro de jongle où cette fois les artistes sont des légionnaires. Les index ensanglantés des deux hommes ne les incommodant en rien...De nouveau le silence, dans le boyau, cette fois le grand silence...Polain passant la tête par la lucarne, afin de s'assurer qu'il ne reste âme qui vive... Rassurés, Guillemaud et lui peuvent quitter leur position, et le géant belge d'ajouter..."Leur idée n'était pas conne, ils auraient pu nous faire marron". Satisfaits, Polain et son compagnon de "jeu" sautent à terre, rejoignent dans la cour leurs camarades, dans l'espoir de se saisir d'une mitrailleuse habituellement tenue, par trois légionnaires, mitrailleuse qui aurait été abandonnée, par un légionnaire blessé ou tué. Mais les blessés découverts, dont certains très grièvement, ont tenu à conserver leur poste, leur arme et ainsi, ralentir l'avancée des Viets.

Sergent Pierre Guillemaud

Sergent  Jean Andry

Sergent  Jean Andry

Du côté des officiers, ces derniers remplacent à plusieurs reprises, tireurs et chargeurs blessés, en dépit de leurs protestations. Dix minutes suffisent aux hommes valides pour prendre position aux postes des blessés, mais beaucoup à ce stade, manquent encore d'expérience. La mitrailleuse occupe deux hommes inséparables, le tireur et le chargeur, chacun doit se connaître parfaitement et doit pouvoir inverser les rôles quand l'un des binômes est touché, tout comme se connaissent Guillemaud et Polain.

 

21 heures, des centaines de trompes se mettent à retentir, laissant percevoir une jérémiade lugubre. Les légionnaires qui plus est, vétérans sont exacerbés par cette fanfare de mort, et savent, que dans l'instant surgiront des montagnes environnantes, une cohorte d'exaltés, de sanguinaires, prêts à tuer, à éventrer... Les blessés, les morts sont rapidement comptés, au milieu de la nuit, effectif restant 50 hommes valides et aptes au combat, 21 morts,  34 blessés.

Le Capitaine Cardinal, dont l'état devient de plus en plus critique, n'en a plus pour longtemps, il a perdu tout son sang et dans un dernier sursaut, se tournant du regard vers ses subalternes: "Du courage, les enfants, au corps à corps, ils ne valent pas un clou ! " Il est 4 heures du matin, le Capitaine Cardinal s'éteint. Le lieutenant Charlotton, sait dès lors que tout repose sur lui, il prend donc officiellement le commandement...hélas douze minutes après la mort de son capitaine il le rejoint, foudroyé, rendant l'âme à 1heure du matin.

 

Déjà, les premières vagues Vietminh escaladent les murs d'enceinte. Le blockhaus ouest est anéanti, les Viets s'emparant du FM de défense, le pointe en direction du poste, alors qu'un des rebelles vocifère dans un français moyen: "Rendez-vous, vous êtes perdus ! Rendez-vous ou nous vous tuons tous !" Aussitôt, la réponse est brève, et fulgurante, elle vient du blockhaus sud. La mitrailleuse abat de plein fouet d'une rafale le Viet trop sûr de lui , qui comme ses chefs, avaient quelque peu sous-estimé la vaillance des légionnaires au combat. Le tir avait été commandé par le Caporal-Chef Martin, secrétaire du Capitaine Cardinal. Il n'était pas seul, en appui, ses seconds, Piperno le petit cuisinier sicilien et son fidèle ami, le gitan Chauvé. Ce geste de bravoure irrite les Viets au plus haut point, tant et bien qu'ils vont lancer leurs vagues successivement, occuper tour à tour les positions enlevées à l'intérieur du poste !

 

Les dernières volontés du Capitaine Cardinal sont exaucées, le corps à corps de ses fiers légionnaires  s'engage, se souvenant des paroles de leur chef 'Ils ne valent pas un clou"! Les légionnaires utilisent à la fois les grenades, foncent à l'arme blanche à coups de crosse, déployant toute leur énergie pour déloger les occupants des positions prises. Le géant belge Polain est assailli par une bande de tueurs enragés, aussitôt il est acculé contre un mur, car cette force de la nature doit être prise vivante, Polain n'est pas de cet avis, il se défend pourfendant ses agresseurs avec dans chaque main, un poignard de commando. Il tue 4 Viets avant d'être transpercé à la baïonnette.  La sauvagerie s'installe chez les Viets qui se ruent comme des fauves sur le corps du géant, le transpercent de part en part de centaine de coups de poignards et de coupe-coupes. Dans son paquet de Mic, il restait 18 cigarettes. Les munitions manquent, les corps à corps sont engagés, le sergent Guillemaud tente le tout pour le tout et envoie des grenades fumigènes et inoffensives sur l'ennemi qui s'alarme pensant avoir affaire à des jets de gaz asphyxiant.

 

Les Viets ayant un moment de recul, les yeux piquants et larmoyants, la gorge attaquée, toussant, crachant, chez les légionnaires il en est de même malgré tout le moment est propice pour se scinder en deux, les uns engagés dans les combats au corps à corps, les autres reprenant position des nids de mitrailleuses, même s'ils tirent au jugé, ils parviennent à éliminer quelques-uns de leurs adversaires et... c'est alors que les Dieux du ciel vont réagir...Le ciel tout à coup se déchire, la lune apparaît et les légionnaires aperçoivent devant eux leurs ennemis. C'est maintenant qu'ils vont en découdre,  profitant de la panique qui règne chez les Viets et de la lueur de la lune, chacun vide ses munitions sur les assaillants, utilisant à la fois mitrailleuses et mortiers. C'est le carnage ! Devant cette folie légionnaire, devant ce courage, l'ardeur et la ténacité ,et surtout ce refus de ces 34 légionnaires prêts à tout, le repli, l'abandon est annoncé par le son des trompes mugissantes qui sonnent la retraite. les derniers légionnaires s'attendent à ce qu'un assaut soit lancé, mais rien ne se passe après que les trompes aient retenti...

 

Chacun sait la ruse chez les Viets aussi, vont-ils attendre et veiller  sans jamais relâcher la surveillance de cette nuit du dimanche 25 juillet. Il est 23 heures, tout est calme à l'extérieur tandis que de l'infirmerie s'échappent plaintes, cris de douleur de leurs frères d'armes blessés couchés à même le sol, gisant dans le sang, ce sang versé pour un pays qui n'est pas le leur.

Jean Andry

Jacques Bévalot

par le sang versé

De même que l'a fait Paul Bonnecarrere, auteur de "Par le sang versé", je laisserai la parole et la véritable écriture, avec ses propres mots au Sergent Guillemaud:

 

"....Une fois le contact pris avec les survivants, regroupés au sud avec le Lieutenant Bévalot, il convient de remettre un peu d'ordre dans l'incroyable confusion qui règne encore à l'intérieur du poste. C'est vite fait. Avec les Sergents Galli, Fissler et Andry, nous répartissons les légionnaires valides en quatre groupes, et reprenons possession des positions évacuées, nous assurant qu'aucun Viet vivant, ne s'est maintenu dans le poste.

 

Il fait de moins en moins sombre. Ou tout au moins, l'obscurité de la nuit, se lève, au fur et à mesure, que la lune apparaît derrière la montagne et les collines. Je me dirige vers la muraille nord dans l'intention de poster quelques légionnaires aux créneaux. Mais tout d'abord, il faut enlever les cadavres Viets laissés sur place par l'assaillant. En relevant les corps de nos adversaires, je m'aperçois qu'outre les armes automatiques, les viets étaient munis de tiges de bambous, longues de deux mètres cinquante environ, terminées, soit par des fers de lances crantés, soit par des sortes de serpes courbes, le tout soigneusement affûté. Sous un des corps, je trouve un fusil mitrailleur de fabrication étrangère; les fusils récupérés sont de très grande taille, et les baïonnettes qui les somment sont soigneusement liées par des fils de fer. De nombreuses grenades non éclatées, jonchent le sol et c'est très dangereux. Le matin, au jour, nous constaterons que les fusils sont russes, les fusils mitrailleurs tchèques, et les grenades, de fabrication locale. "Il me vient à l'idée d'aller voir dans l'emplacement du mortier de 60 qui jouxte le magasin d'armes et ma chambre à l'est. A ce moment, je suis rejoint par le chef de pièce. Nous poussons une exclamation de surprise au premier regard. Littéralement entortillé autour du mortier, un cadavre viet fait corps avec le tube, retenu par la bretelle de portage, une grenade lui a explosé sous le nez, juste au moment où il tentait d'emporter la pièce.

 

Dans le "blockhaus 3", une dizaine de cadavres viets encombrent la partie inférieure, nous les dégageons, et constatons avec surprise, qu'ils recouvrent les corps des légionnaires Baran et Speck. Baran sert encore dans sa main droite, le bloc percuteur de son F.M, qui lui a été enlevé par les viets, mais par son dernier geste, il a rendu l'arme inutilisable. " Pour permettre à quelques-uns d'entre nous de prendre un peu de repos, un tour de garde est organisé, mon tour passé , je peux aller m'étendre deux ou trois heures. Je suis trop exténué pour me préoccuper des gravats et des débris de tuiles qui m'entourent. Je suis réveille par un légionnaire envoyé par le sous-lieutenant Bévalot. Il fait beau, le soleil s'est levé, il est déjà chaud, mais le spectacle qui s'offre à moi est épouvantable. Les corps de nos vingt et un morts, étendus et rangés sous ce qui reste du réfectoire. Le capitaine Cardinal, le lieutenant Charlotton, les caporaux-chefs Polain et Huegin, les légionnaires Walther, Manault, Piperno le Sicilien, Baran, Speck, Chauvé le Gitan, Herguessen, et bien d'autres, que je connais peu ou mal parce qu'arrivés avec les derniers renforts de Bel Abbès, il y a à peine huit jours...

 

Il importe de procéder au plus vite à l'inhumation des corps en raison de la chaleur de plus en plus intense et aussi parce que des nuages entiers de grosses mouches voraces s'abattent sur eux. "A 8h 45 du matin, le contact radio en phonie est rétabli avec Bac-Kan. C'est le Commandant Sourlier qui a pris lui même le micro pour converser avec le radio. Il s'est mis à lui poser des questions pour le moins saugrenues, de prime abord. il est évident qu'il n'était pas sur que Phu-Tong-Hoa n'était pas occupé par les viets en raison de notre dernier message. Les réponses faites aux questions posées par le commandant, lui ont permis de se convaincre qu'effectivement, Jungermann, le radio, était libre de ses réponses et que contre toute vraisemblance, le poste était encore aux mains de la 2e Compagnie. " Ensuite, avec mon magasinier Bischoff, nous nous affairons à récupérer les armes et les munitions qui traînent un peu partout. Nous récupérons aussi des documents et notamment des plans du poste.,En général ces derniers sont fort bien faits, extrêmement fidèles; les viets étaient parfaitement renseignés sauf sur un point: tous les documents indiquent l'ancien emplacement de la soute à munitions. Sur l'un des corps viets, dont l'uniforme porte des insignes de gradé, nous trouvons un drapeau rouge timbré à l'étoile jaune à cinq branches manifestement destiné à remplacer le notre. Mais celui-ci est resté hissé sur son mât toute la nuit.

Paul Bonnecarrère

Par le sang versé 

"Je tiens ici, à remercier particulièrement, dans cette page, destinée aux combattants de Phu-Tong-Hoa la source par les réels écrits de Monsieur Paul Bonnecarrere, auteur de "Par le sang versé" et la source d'un vécu du Sergent du 2/1/3R.E.I,  Guillemaud Pierre..

Jean-Paul Andry

Jean Andry

Pendant ce temps, depuis le silence de Phu-Tong-Hoa à 21 heures, le 25 juillet, Cao-Bang est persuadé que le poste est tombé. Le Lieutenant-Colonel Simon , commandant de zone, donne des ordres afin de préparer un détachement de secours. Ce détachement, composé d'un peloton du 5e escadron du régiment d'Infanterie coloniale, de la 3e compagnie du 23e bataillon de Tirailleurs algériens, d'un détachement du Génie et, en protection, bien entendu, une compagnie du 3e Etranger. La colonne Simon partie à l'aube mettra trois jours pour atteindre Phu-Tong-Hoa, elle sera attaquée par 4 fois, laissera des pertes mais parviendra quand même au but .

 

Je re-laisse la parole au Sergent Guillemaud..." Lorsque vers 19 heures, les premiers éléments de la colonne tant attendue sont signalés au détour de la route de Diang, un soupir de soulagement monte du poste et un formidable hourrah retentit. Juché sur le "blockhaus 3", jumelles en main, je scrute la route illuminée par le soleil couchant. Une jeep apparaît, se détachant de la colonne. Quatre hommes sont à bord, et il me semble reconnaître la silhouette du colonel; c'est bien lui, accompagné de son chef d'état major, le Capitaine Soulier, et d'un sous-officier de la section de protection ..." Dans le silence le plus complet, le Colonel Simon termine à pied la montée vers le poste. Les commandements réglementaires retentissent. Le cliquetis des armes ponctuent le maniement impeccable. La tradition est respectée; gradés et légionnaires se présentent. " A part le décor on se croirait au Quartier Vienot de bel-Abbès" Phu-Tong-Hoa était resté légionnaire. Fidèlement.

 

Aujourd'hui, 73 ans se sont écoulés, depuis ce haut fait d'arme,

 

Les souvenirs dans l'histoire, pour beaucoup, se sont effacés

 

Quelques livres les ont sauvées, sur la toile d'autres retrouvés

 

Les héros d'hier sont fatigués, aujourd'hui, hélas décédés

 

Tous  ont rejoint les oies sauvages pour une dernière envolée !

Sans la présence d'esprit du capitaine Cardinal,
 

Sans l'intervention du "Grand Pierre",
 

Sans la bravoure des lieutenants Charlotton et Bévalo
 

Sans l'esprit d'équipe et le courage de ces 104 légionnaires
 

Sans l'expérience alliée à la bonne humeur des vétérans
 

Sans les actions et les hauts faits d'armes

 

Des légionnaires caporaux et sous-officiers

 

Des légionnaires morts pour la France et la Légion

 

De ces hommes vaillants de la 2ème compagnie

 

Du 1er bataillon du 3ème Régiment étranger d'Infanterie
 

Des 4 artilleurs du 69e Régiment d'Artillerie D'Afrique

 

Le combat de Phu-Tong-Hoa  ne serait pas !

Qui était le géant belge Pierre Polain ?

Fils de diplomate belge, lors d'une promenade en voiture avec sa fiancée, l'accident est inévitable, sa compagne meurt sur le coup ! A compter de ce jour, il se sentira le seul coupable, fou de douleur et pris de panique, il abandonne et le corps sans vie de cette jeune femme, la voiture épave, et s'enfuit vers Marseille, où  il rejoindra le Fort Saint-Jean où il signera un contrat avec la Légion étrangère. Après une période d'instruction il passera le peloton de sous-officier et gagnera les galons de sergent. Affecté au 1er Etranger pendant la campagne de Tunisie, il se fera remarquer et gagnera la Croix de guerre à Pont du Fahz. Le jour où la Croix lui sera épinglée, son père est présent à Sidi-bel-Abbès, autant dire qu'il est fier de son fils et ne pense plus que celui-ci soit le renégat qu'il était. Recruté par le commandant Claeys, il est autorisé à résilier son contrat Légion c'est alors qu'il s'engage dans les Forces Belges de Grande-Bretagne. Affecté dans l'escadron de parachutistes belges, il est sous les ordres du capitaine Eddy Blondeel. Après les 7 sauts réglementaires dont les 2 premiers du ballon, le voilà confirmé. La nouveau parachutiste est maintenant sous les ordres du lieutenant John Vander Heyden. Le jour du débarquement de Normandie est proche il est prêt ce 6 juin 1944.

Les SAS avaient pour mission de saboter les ponts et les voies ferrées, prendre contact avec les renseignements et les bureaux de liaisons de la résistance locale, il est parachuté d'un avion de la RAF, mais ses camarades et lui se retrouvent derrière la ligne Siegfried, par la faute d'une erreur du navigateur. Harnaché comme il l'était avec l'uniforme sur le dos, l'arme à la ceinture et une radio dans le sac à dos, il lui était impossible de sa faire passer pour un paisible pêcheur à la ligne s'il se fait arrêter à Aix-la-Chapelle. Toujoiurs est-il qu'il était là et la mission devait se poursuivre.

9 septembre 1944, le groupe Curry suit la route de Fallay à Belle-Croix, tandis que Polain, Martin et le lieutenant Vander Heyden se dirigent sur l'axe Spa-Francorchamp. A Sart le trio attaque un état-major allemand... cet exploit alors qu'ils devaient rejoindre le front, qui plus est en uniforme et armé sera connu de toute l'armée belge. La guerre est finie, Pierre Polain de nouveau s'engage dans la Légion étrangère. En novembre 1945, il et affecté au peloton des élèves caporaux à la CICS (Compagnie d'Instruction des Cadres et Spécialistes au DCRE (Dépôt Commun des Régiments Etrangers) à Sidi-Bel-Abbès où il fera connaissance et liera amitié avec le légionnaire Pierre Guillemaud. En vue de créer le 3ème REI le 22 mai 1946, le régiment manque de sous-officiers pour l'Extrême Orient, les deux légionnaires des 2 sections du peloton seront nommés caporaux, le 1er janvier 1946 et le lendemain, ils seront nommés au grade de sergent et de suite affectés au 3ème REI.

 

(J'ajoute que mon père Jean ANDRY s'étant engagé en 1947 a lui aussi suivi le même parcours. Le 3ème REI où il était affecté, manquant toujours de sous-officiers, la Légion étrangère demandant des hommes pour l'Extrême Orient, caporal le 1er jour, sergent le second jour...Il embarquera à Marseille, rejoindra le Camp de la Demande à Aubagne où aujourd'hui le 1er RE est installé, il sera affecté à la 2ème compagnie, instruira les nouveaux engagés et comme eux rejoindra  la 2 du 1/3 REI. Le sergent prendra part au combat de Phu-Tong-Hoa du 25 juillet 1948 . Il sera dans les rescapés et rejoindra quelques années après Dien Bien Phu)

 

SOLDATS DE PHU-TONG-HOA, REPOSEZ EN PAIX

TANT QUE LA FLAMME SCINTILLERA !

 

J'aimerais après cette histoire relatée, dire à chacun de vous que je me suis toujours effacé, que ce soit dans tous les sites que j'ai créés et qui n'ont jamais été des pures copies comme beaucoup aiment le faire sur les sites !

Ces gens attendent que vous leur pondiez les textes ils n'auront plus qu'à les recopier. Si il m'arrive de copier des photos, des renseignements, je remercie les gens qui ont fait le travail, en aucun cas  je ne reproduis les textes de qui que ce soit, je les ré-cris, mais il semblerait que beaucoup de webmasters n'ont aucun honneur en la matière !

 

Puisque c'est mon site, puisque je suis le seul à le payer, puisque je ne demande aucun don de qui que ce soit,  j'estime être en droit de jouir de liberté de penser et d'écrire tel que je le dois !

 

Toutes ces gens qui pensent être le summum ne sont rien d'autre que des arrivistes ! J'ai perdu il y a quelques années un site sur lequel j'avais travaillé durant sept ans, un jaloux mort depuis et mon site par sa faute est lui aussi mort !

Je me pose la question aujourd'hui, pourquoi ,n'avoir pas plutôt choisi d'être journaliste à la place d'être un affabulateur, et un copieur de textes arrangés à sa sauce,  puisque la mode est de mentir?

Je sais que ce site aujourd'hui, ne retiendra pas beaucoup d'attention, seuls ceux qui ont perduré dans le temps , idem pour les forums, qui continuent à recevoir des visiteurs ! Ces mêmes forums et sites dans lesquels je retrouve mon travail, mes textes...

Aussi dîtes-vous bien que de tout cela je n'en ai que faire, j'ai fait tout ce que j'ai aimé, je l'ai toujours payé pour ne pas vous incommoder avec des publicités et je m'aperçois aujourd'hui que tout ce que j'ai fait , je ne l'ai fait que pour moi, même si beaucoup de ces "webmasters" ont profité de mon travail ! Qu'importe!

 

Ce site restera dans la famille il sera mon héritage et il montrera pendant des années combien les gens sont égoïstes. De ces gens là je n'en attends rien ! Wallou ! 

 

Puisque dans ce site, un livre d'or existe et que personne,  sinon un tondu un pelé ou un membre de ma famille y est allé, profitez, déversez tout ce que vous pourriez avoir contre moi! Cela me fera de la lecture, en revanche si vous ne déversez pas votre haine, dîtes ce que vous pensez du travail accompli et des renseignements que je vous offre !

 

Tout cela il me fallait l'écrire, car vivre dans l'hypocrisie je ne sais pas, et si de votre côté vous le pouvez, grand bien vous fasse !

Seuls les cons s'offusqueront de ce que j'écris, à ceux-là... une seule phrase ! "Passez votre chemin ! " 

Quand aux gens simples, aux personnes vraies soyez les bienvenues !

Jean-Paul Andry

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© 2020 par Jean-Paul ANDRY 

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